Désherbage : les leviers face à la montée du ray-grass en ACS
La pression du ray-grass progresse fortement alors que l’efficacité des herbicides tend à diminuer, notamment celle du glyphosate. Un enjeu central pour l’agriculture de conservation des sols (ACS).
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Depuis trois campagnes, Arvalis observe une augmentation marquée des infestations de ray-grass en agriculture de conservation des sols (ACS), accompagnée des premiers échecs de désherbage de cette adventice au glyphosate.
Les grandes cultures désormais touchées
« Les premiers cas en France de résistance du ray-grass au glyphosate ont été systématiquement observés dans des systèmes en ACS. D’abord constatée en viticulture, cette résistance touche désormais les grandes cultures depuis 2022 et s’étend aujourd’hui à l’ensemble du territoire », commente Mathieu Marguerie, ingénieur agronome chez Arvalis.
Garder la maîtrise des adventices, notamment des graminées, est donc un enjeu majeur en systèmes ACS. Mais, à ce jour, aucune solution unique ne permet de les contenir. « Il n’existe pas en fait de réponse “uniforme” pour lutter contre cette pression, celle-ci évoluant en fonction des secteurs et des rotations de cultures », indique l’ingénieur agronome.
La stratégie historiquement privilégiée repose sur l’utilisation répétée de faibles doses de glyphosate, comprises entre 120 et 450 g/ha, appliquées plusieurs fois dans l’année. Mais cette approche montre aujourd’hui ses limites, avec des résultats de moins en moins probants, notamment dans les parcelles à forte infestation.
Par ailleurs, certains paramètres techniques peuvent accentuer la baisse de son efficacité. La dureté de l’eau, par exemple, pénalise particulièrement l’action du glyphosate à faible dose et haut volume d’eau. « Pour corriger cet effet, on recommande d’ajouter du sulfate d’ammonium avec le glyphosate à raison de 1 kg pour 100 litres d’eau », précise Mathieu Marguerie.
Couverts végétaux et matière organique, des effets contrastés
Si les couverts végétaux sont capables de concurrencer les adventices et contribuent à maintenir des parcelles propres, leur efficacité reste limitée et ils peuvent, par ailleurs, « intercepter » les herbicides.
Toutefois, leur roulage peut améliorer l’efficacité du glyphosate, mais « celle-ci est davantage visible sur les dicotylédones que sur les graminées, et dans les 24 heures à 2 heures avant l’application du glyphosate », ajoute Mathieu Marguerie.
Un phénomène similaire de baisse d’efficacité de l’herbicide est également observé avec la matière organique présente en surface. « Une augmentation de 0,5 point de matière organique peut entraîner jusqu’à 50 % de perte d’efficacité des herbicides racinaires », indique-t-il.
Malgré cela, les herbicides racinaires demeurent un levier indispensable en ACS, à « condition d’éviter une réduction de leurs doses et d’assurer une alternance des matières actives utilisées », complète Mathieu Marguerie.
Pour sécuriser le désherbage en agriculture de conservation des sols, la combinaison de l’ensemble des solutions disponibles s’avère indispensable.
Outre la gestion de la qualité de l’eau, le maintien de doses efficaces d’herbicides racinaires, la diversification des rotations incluant cultures et fourrages et l’alternance des matières actives constituent des leviers centraux et incontournables.
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